La tombée de la nuit nous plonge dans une obscurité dense sur la route sinueuse venant de Vancouver. 111 km plus au nord, nous arrivons à Whistler ; un peu comme à Val d'Isère, ici le ski est roi. En vingt ans, la ville a connu un véritable boom et est devenue l'une des stations de ski les plus en vogue d'Amérique du Nord.
Ann et Terry Spence ont une belle villa dans le quartier résidentiel à deux pas du lac Alta et de Rainbow Park, des espaces préservés des promoteurs, où Terry nous a emmenés ce matin le long du "Valley Trail". Ce petit chemin serpente dans les bois et est emprunté par les habitants de la région pour la cueillette des champignons. Le soleil est toujours au rendez-vous, à croire qu'il ne pleut jamais ici, ou plutôt, comme disent les Québécois : nous sommes chanceux.
Ann et Terry ont une affaire qui tourne bien. Ils sont heureux, et cela se ressent dans leur maison et à leur contact. Beaucoup de pensées positives et d'ouverture d'esprit. Cela fait 15 ans qu'ils se sont lancés dans l'aventure de l'accueil.
À l'époque, nous explique Ann, il suffisait d'informer la ville et les voisins que nous allions ouvrir un Bed and Breakfast. Aujourd'hui, tout est bien différent : les réglementations sont strictes et coûteuses.
Dans l'après-midi, nous nous rendons à Pemberton, petite ville à 35 km au nord de Whistler. En bout de route, avant les réserves amérindiennes et les pistes empruntées par les trucks des bûcherons, Pemberton me fait penser à Willow Creek, dans le nord de la Californie, où les chercheurs d'or descendaient une fois tous les quinze jours avec leurs vieux "pick-ups" pour s'y approvisionner.
Les Amérindiens errent dans les rues, semblant un peu désœuvrés. Ils habitent à Mount Currie, dans des mobile homes et des cabanes à la triste allure.
Quand vous passerez à Pemberton, arrêtez-vous au "Pemberton General Store" sur Prospect Street. C'est une boutique familiale de vêtements allant du chapeau de trappeur à la chemise de bûcheron, en passant par les mocassins et les gros manteaux d'hiver. Vous pourrez même y acheter une guitare et demander conseil à la patronne pour mieux connaître la région.
C'est ici que l'on échangeait ses pépites contre des couvertures. Ne vous hasardez pas à aller plus loin sur la piste du nord sans avoir fait vos dernières courses à Pemberton. Bien utile et accueillante, la bibliothèque municipale permet par ailleurs de consulter ses e-mails.
À une quarantaine de kilomètres de Pemberton se trouvent les Meager Creek Hot Springs, des sources d'eau chaude en paliers où l'on peut faire trempette à volonté pour 5 $. La piste de terre et de pierrailles n'est pas idéale et s'avère un peu longue pour une voiture de tourisme comme la nôtre. Les 4x4 et les pick-ups, eux, foncent à toute allure ; comme en Australie sur les grandes pistes du Territoire du Nord, il faut se garer sur le bas-côté pour les laisser passer.
Ici, dans la vallée, sur des terres planes et fertiles, on cultive la pomme de terre. Quelques belles fermes d'époque, avec leurs grandes granges à foin tout en bois peintes en bordeaux, sont entourées de magnifiques montagnes aux sommets enneigés.
La décoration de la cuisine du Bed & Breakfast rappelle un peu la maisonnette du Petit Chaperon rouge, très agréable, tout comme le salon avec sa cheminée. Terry, toujours jeune et sportif, est moniteur de ski durant la saison. Il travaille alors 7 jours sur 7 avec ses clients venus des USA, du Japon et du Canada. Dans cette station très prisée et assez chic, les clients sont aisés, voire très fortunés. Certains arrivent en avion à Vancouver, puis rejoignent le pied des pistes en hélicoptère.
Ce soir, se déroule un match de hockey sur glace au nouveau stade de Whistler. Terry fait partie de l'équipe mais ne jouera pas ce soir. L'âge moyen des joueurs est de 50 ans et il est difficile de s'en rendre compte tellement ils sont rapides et bons patineurs. Casqués et lourdement équipés, ils rappellent les joueurs de football américain. Il y a peu de spectateurs, mais Terry connaît tout le monde et très vite, je me sens à l'aise. Un environnement qui sort des sentiers touristiques classiques. Mon côté "chercheur d'or" est comblé, je suis dans mon élément, au cœur du Canada.
La route qui mène à Lillooet, à une centaine de kilomètres au nord de Pemberton, nous plonge dans le Canada des lacs, des glaciers, des montagnes, des forêts colorées et des rivières où viennent s'abreuver les ours et les élans. Lillooet, bourgade de 5 000 habitants, vaut le détour. Entourée de réserves, la majorité de sa population est d'origine amérindienne, descendante des "St'at'imc", une tribu vivant sur ces terres depuis plus de 9 000 ans.
John "L'Homme Sauvage"
Son Stetson défoncé, foulard rouge à pois, le nez cassé, John Millar, un homme endurci et presque sauvage, est venu du Texas pour retrouver la tranquillité dans les Coast Mountains, la chaîne côtière de l'ouest du Canada. Proposant une chambre aux voyageurs se rendant de Squamish à Pemberton par la piste de Pemberton, John était l'un des trappeurs les plus aimables de la région.
Son auberge est devenue très connue et réputée pour ses repas, les visiteurs prenant grand plaisir à goûter des plats qu'ils ne pouvaient trouver nulle part ailleurs, y compris le fameux ragoût d'ours.
Golden Dreams B&B, Whistler Mountain Village, BC, Canada - Plan 