De taxi en taxi, je rejoins Taliouine de Zagora via Agdz, Ouarzazate et Taznakht sur la route d'Agadir. Ce moyen de transport est très efficace et bon marché. Il suffit de se trouver une place vers l'avant pour ne pas être malade dans les virages une fois en montagne (surtout dans les Peugeot 504 breaks). À partir de Taznakht, nous étions 12, soit 4 par banquette. J'étais devant avec le chauffeur qui tient le volant, son voisin qui change les vitesses et la musique berbère sortant de ces vieilles cassettes qui nous fait tous patienter. De toute façon, même s'il y a beaucoup d'accidents de voiture au Maroc, nous sommes tous dans les mains d'Allah. Alors en avant, la vie continue...
Arrivé par hasard à Taznakht le jour du marché, je suis aussitôt plongé dans une ambiance digne des meilleurs films ou des meilleurs Tintin. Une demi-heure d'attente pour mon prochain taxi (le temps qu'il se remplisse), de quoi souffler un peu et surtout de déguster un délicieux tagine à 20 dirhams sur la terrasse d'un petit bistrot en plein souk, au milieu des vendeurs de tapis.
Enfin Taliouine, l'auberge Siroua se trouve dans une petite rue à gauche sur l'avenue principale. Je passe la grande porte en verre et me voici plongé dans mon deuxième rendez-vous avec Mohammed Gheris, le patron, et ses deux amis : Monssef l'artiste et Hamid le philosophe. Tous trois sont installés confortablement dans cette grande salle de restaurant et refont le monde autour d'un thé et de biscuits. Trois personnalités avec qui j'ai eu beaucoup de plaisir à partager les repas, les balades et les visites. J'étais un peu comme d'Artagnan qui rejoint les trois Mousquetaires.
Mohammed, dit "Med", est à la fois aubergiste et professeur d'université à Marrakech. Il habite la grande ville avec sa femme Samia et ses deux enfants. Il a une vision du Maroc moderne et ouverte vers l'extérieur. Je le verrais bien journaliste indépendant ; il a des points communs avec mon père : curieux, sans préjugés, intègre et un peu naïf. J'ai vraiment apprécié son invitation !
Monssef est un vrai personnage ! Artiste et intellectuel, il nous entraîne dans une vision du monde un peu surréaliste. Bon compagnon, il nous accompagnera quelques jours dans notre voyage. Hamid, lui, ne dit pas grand-chose ; plus âgé, il dégage une certaine sérénité, comme s'il laissait la place aux jeunes... La promenade en notre compagnie lui suffit, et puis de toute façon il a tellement d'amis sur Marrakech, lui qui a été réceptionniste d'un grand hôtel à Ouarzazate.
Malgré la sécheresse, les vallées autour de Taliouine sont très vertes et la vie dans les petits villages très active. Toujours beaucoup d'enfants qui jouent et de femmes qui travaillent ; leurs sourires et leur gentillesse me touchent à chacune de nos rencontres. Quelques hommes, assis à la terrasse d'un café, m'invitent à partager leur couscous.
Longeant les petits chemins de terre, nous allons d'un village à l'autre en traversant la rivière à gué. Là, trois femmes lavent leur linge et un homme passe avec son mulet. Après le pique-nique, à l'ombre des amandiers en fleurs sur une terrasse donnant sur la vallée, Mohammed nous fait visiter une très jolie petite synagogue et une ancienne kasbah abandonnée qui ne demande qu'à être restaurée, et aussitôt les projets vont bon train...
En route vers Marrakech, nous faisons halte à Taznakht chez un ami brocanteur. L'entrée de sa maison est cachée par un grand tapis suspendu ; un endroit magique où seuls les amis des amis boivent le thé. Très fier de sa dernière découverte, le brocanteur nous montre une djellaba berbère datant du 19ème siècle et qui vaut une petite fortune. Ici, l'accueil est vrai, le "tourisme artificiel" n'a pas pollué les relations entre les humains.
Quelques kilomètres après Ouarzazate, se trouve une petite route sur la droite qui nous mène à Aït-ben-Haddou, une très impressionnante kasbah couvrant tout un flanc de colline. Là, Mohammed connaît le patron de l'hôtel "La Kasbah" situé juste en face, avec une vue imprenable sur les monuments historiques. C'est une grosse affaire touristique par excellence, avec dans la rue principale plein de petites boutiques vendant souvenirs et antiquités aux touristes du monde entier. Abderrahmane Tebbou, le patron, m'invite à rester les deux derniers jours de mon périple au Maroc dans son hôtel spacieux. Très gentil mais trop occupé, je n'aurai pas l'occasion de beaucoup le voir. Ce seront deux jours de repos et de transit entre l'Afrique et l'Europe.
Avant de traverser les hautes montagnes, une petite halte s'impose chez Ahmed & Catherine pour le thé et les petits gâteaux. Ce couple franco-marocain a ouvert de ravissantes chambres d'hôtes sur le flanc de la montagne. Nous sommes installés confortablement sur la terrasse avec, devant nous, une vue magnifique sur la vallée. L'intérieur est soigné et très agréable ; une petite cour intérieure pleine de charme donne sur les chambres.
Mohammed Gheris a vraiment le sens de l'accueil et nous passons ensemble 4 magnifiques journées à Marrakech. Toute sa famille a le cœur sur la main et j'ai eu beaucoup de plaisir à côtoyer chacun d'eux. Notamment Saloua (la sœur de Mohammed) et Samia, que j'ai rencontrées en cuisine et qui nous ont gâtés par leurs petits plats délicieux ainsi que par leur présence.
Le père de Mohammed et de Saloua est colonel à la retraite et connaît bien toute l'histoire de l'Afrique du Nord. Nous partons avec lui dans des discussions sur l'Égypte et sa nationalisation en 1956 par Nasser. Une date importante dans ma famille car mon grand-père a alors perdu toute sa fortune en quelques heures avant de partir pour la Belgique. Il possédait l'Hôtel de Paris au Caire ; grand palace prestigieux où se retrouvaient les intellectuels et les hommes d'affaires. Une ambiance des années trente que l'on peut encore ressentir en se promenant dans les rues du Caire et d'Alexandrie.
Deux rues plus loin habite un autre ami : Khalid, avec qui nous visiterons la médina et les endroits cachés et mystérieux de Marrakech. La foule ici n'effraie pas les cigognes qui nichent tranquillement sur les hauteurs. Khalid me raconte ses 17 ans au Canada et son prochain départ pour Jakarta en Indonésie où sa copine architecte l'attend. C'est un gars extrêmement intéressant avec qui nous avons eu des discussions passionnantes !
Le lendemain matin, Mohammed me donne rendez-vous à l'Université du Commerce de Marrakech pour parler à ses élèves de ma vision de l'entreprise et de "L'Etoile". Une demi-heure dans chacune des deux classes m'a permis de plonger dans un autre monde et de voir dans quelle mesure mon opinion est cohérente. Les élèves sont ouverts et intéressés. Les questions fusent et on sent directement leur motivation et leur énergie pour s'ouvrir au monde. Une fois de plus, j'ai passé un moment très enrichissant grâce à mon hôte !
Auberge Siroua, Taliouine, Province de Taroudant, Maroc - Plan 