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Chemin de Régordane (GR®700)

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GR700 Voie Régordane La Régordane

Cette voie très ancienne est née bien avant l'apparition de l'homme, après qu'une dislocation nord-sud avec charriage des plaques eut ouvert des cols. Le plus important d'entre eux, situé au sud de Villefort, offre un passage à basse altitude à travers une barrière de 60 kilomètres de long formée par le mont Lozère et le chaînon du Mas de l'Aire.

Cette faille a donné naissance à de nombreuses sources qui jalonnent le parcours. Les premiers animaux l'ont instinctivement empruntée, de source en source et de col en col, dans un mouvement spontané de transhumance.

L'homme a suivi les animaux des millénaires plus tard, créant ainsi une draille, une simple piste. Certains pensent, à juste titre, que des convois d'étain l'ont empruntée entre les ports phéniciens de Saint-Valéry-en-Caux, en Normandie, et de Saint-Gilles.

La Voie Régordane

Les Romains l'ont sans doute suivie pour acheminer les métaux extraits de part et d'autre, dans des lieux dédiés à Mercure, dieu du commerce et de l'industrie (Mercoire, Mercoirol, Mercouly). Cependant, elle n'est devenue un axe majeur qu'au Moyen Âge, après le partage de l'Empire carolingien, qui plaça la vallée du Rhône dans le Saint-Empire romain germanique et fit du chemin de Régordane l'itinéraire le plus oriental du royaume de France. C'est à cette époque (XIIe-XIIIe siècles) que le charroi se développe grâce aux progrès de l'attelage. On réalise alors que les animaux tirent par leur poids et non par les épaules, une technique de traction que les Égyptiens utilisaient pourtant déjà au temps de Toutankhamon, quatorze siècles avant notre ère.

La route fut alors tracée sur les hauts plateaux du Thort, de La Molette et de La Garde-Guérin, et taillée dans le schiste sur les versants des vallées de la Cèze. Dans les villages, on bâtit des maisons au-dessus de vastes entrepôts ouvrant sur la grand-rue par des portes en ogive, dont on peut encore voir des vestiges à Génolhac, dans le Gard. Y circulaient des véhicules de petite taille, transportant à peine plus de 500 kilogrammes en raison des matériaux employés pour leur construction.

Dans la seconde moitié du XIIe siècle, la chanson de geste *Le Charroi de Nîmes* évoque ce pays de Régordane où l'on trouve « des chars et des charrettes à profusion » (*char et charretes i a à grant planté*, v. 950). Si tel était le cas, c'est parce qu'à cette période, le climat, semblable à celui que nous connaissons aujourd'hui, était très favorable aux cultures. Les récoltes étaient abondantes, générant des richesses qui devaient circuler. Ce fut une époque prospère, capable de s'offrir le luxe de bâtir des cathédrales que nous aurions bien du mal à ébaucher de nos jours. Dépourvues de suspensions, les charrettes, avec leur voie de 1,40 mètre, creusèrent peu à peu des ornières dans le schiste au gré de leurs passages incessants, tout comme des sabots de bois finissent par user la pierre du seuil d'une maison.

Sentier Régordane

Cependant, au XIVe siècle, le climat changea pour devenir froid et humide. La nourriture se fit rare, et la population, affaiblie, fut réduite de moitié par la peste noire, tandis que la guerre de Cent Ans dévastait le pays. Le charroi s'interrompit et la route se dégrada. Le chemin de Régordane ne vit plus passer que des convois de mulets dont certains, chargés d'argent ou de safran, étaient régulièrement dévalisés par les Routiers anglais.

Il fallut attendre la fin du XVIIe siècle et l'attention portée par le Roi aux Cévennes protestantes pour que le chemin de Régordane reprenne vie. La route fut maintes fois aménagée, détruite par les eaux de ruissellement, réparée, voire reconstruite. En effet, dans ces montagnes exposées aux intempéries méditerranéennes, les orages du début de l'automne avaient vite fait d'emporter le gravier dont on recouvrait la chaussée. La côte de Bayard, entre Villefort et La Garde-Guérin, devait être rebâtie tous les dix ans. Initialement, elle s'élevait à la verticale du village de Bayard en formant des lacets serrés, « comme une échelle », selon un procès-verbal de visite de l'époque. Au milieu du XVIIIe siècle, ce tracé difficile fut abandonné au profit d'une route entièrement nouvelle traversant le versant depuis la Cham Morte. C'est ce vieux chemin, aujourd'hui bien délabré, que l'on emprunte encore de nos jours. On y trouve des restes de pavage que certains qualifient de « romains », bien qu'ils aient été posés sous le Premier Empire ! Des charrettes, plus étroites que celles du Moyen Âge et copiées sur celles du Velay, roulèrent à nouveau sur le sentier de Régordane, y creusant de nouvelles ornières avec une voie de 1,20 mètre.

Chassezac

Au cours du XIXe siècle, la route actuelle fut construite, riche en courbes (il y a peu, on comptait 650 virages entre Alès et Pradelles en Haute-Loire) pour adoucir les pentes et permettre aux chevaux des diligences de marcher au trot. Nos puissantes voitures d'aujourd'hui doivent s'en accommoder ! Au fil du temps, le tracé de la route s'est déplacé. Il subsiste des points fixes, des cols incontournables, mais entre ces derniers, la route passe tantôt ici, tantôt là. Elle ondule tel un fil téléphonique qui, bien qu'attaché à ses isolateurs, se balance au gré du vent.

Cependant, cette route ne fut pas qu'une simple artère commerciale. Pendant des siècles, elle draina les pèlerins venus du Nord pour vénérer le tombeau de saint Gilles dans son abbatiale provençale, au sud de Nîmes. La littérature médiévale témoigne de l'importance de ce sanctuaire et le désigne comme le premier lieu de pèlerinage de notre pays.

Saint Gilles était loué comme le seul saint ne faisant jamais défaut à celui qui l'invoquait avec foi. La foule s'y pressait en si grand nombre que 134 changeurs de monnaie parvenaient à y gagner leur vie. À Saint-Gilles, on s'embarquait également vers Rome et Jérusalem, car il s'agissait d'un port maritime florissant sur le Petit Rhône. Il ne fut détrôné qu'après 1240 par Aigues-Mortes, en attendant que Marseille devienne française au XVe siècle. Si Saint-Gilles fut une étape majeure, c'était bien sur la route de la Terre Sainte, et bien plus que sur celle de Saint-Jacques-de-Compostelle ; en effet, on ne connaît aucun jacquet s'étant attardé sur le tombeau de l'ermite à la biche.

Palet de Gargantua

Enfin, cette route porte un nom : c'est le chemin de Régordane (terme utilisé dans les documents anciens ; l'appellation « Voie Régordane » — aux consonances plus romaines — n'apparut qu'au XXe siècle). Ce chemin tire son nom du pays de Régordane qu'il traverse, tout comme le chemin du Forez prend le sien des montagnes environnantes. Ce pays, voire cette province (*provincia de Regordana*, mentionnée dès 1323 dans un acte du château de Portes), correspondait approximativement au territoire s'étendant entre Alès, Chamborigaud, Pradelles et Largentière.

Son nom, apparenté aux mots *gord* ou *gourd*, très fréquents dans notre pays, désignerait une contrée aux vallées profondes, ce qui correspond parfaitement à sa géographie. Par conséquent, le chemin de Régordane n'était désigné sous ce nom, dans les archives consultées, qu'entre Luc et Alès.

Telle est l'histoire de ce chemin prestigieux, qu'il est impossible de résumer en quelques lignes et qui a été longuement étudiée par ailleurs. Aujourd'hui, la route est assoupie depuis plus de cent ans, telle la Belle au Bois Dormant (Régordane n'a-t-il pas été aussi un prénom féminin ?). À vous de devenir son prince charmant et de la réveiller ! Suivez-la en prêtant attention à ses vestiges et à la beauté des paysages traversés, qui se transforment à mesure que l'on perd de l'altitude entre Le Puy-en-Velay et Alès.

Sentier Régordane

Guettez l'apparition des premiers châtaigniers sous La Garde-Guérin, des chênes verts en abordant la vallée de la Cèze, des premiers ceps de vigne à Vielvic, ou encore des oliviers en passant le col du Mas-Dieu, parmi bien d'autres merveilles.

Soyez attentifs à déchiffrer ses vestiges : ses ornières creusées dans le schiste, la côte de Bayard et ses murs de soutènement en pierre sèche qui résistent depuis deux siècles, ses bouteroues (les ancêtres de nos glissières de sécurité) et ses superbes restes de pavage.

Alors, prenez votre bâton, votre sac et partez à la découverte du chemin de Régordane. *Texte préparé par Marcel Girault, juillet 2000. « Le Chemin de Régordane », Nîmes, Éditions Lacour, 3e éd. 1988. Les passionnés d'histoire pourront également lire la thèse que l'auteur a consacrée à cette route (Tours, 1980).*

Le tronçon le plus remarquable du chemin de Régordane se situe entre La Bastide-Puylaurent et Génolhac (à parcourir de préférence dans ce sens). Pour arpenter cette route mythique sans s'égarer, on pourra se référer au guide rédigé par Marcel Girault : *Le Chemin de Régordane, Guide à l'usage des pèlerins de Saint-Gilles, des Régourdiers et autres marcheurs, du Puy-en-Velay à Saint-Gilles du Gard* (Nîmes, Lacour, 1998), qui propose une description détaillée de l'itinéraire, des cartes schématiques et de nombreuses notes.

La route s'est endormie, ou plus exactement assoupie... La parcourir, c'est lui redonner vie, car sa vocation première fut le cheminement. Celui des marchands arvernes et grecs. Celui des chevaliers, des pèlerins et des colporteurs. Des jongleurs et des troubadours. Route du vin, des épices, du sel, de l'huile et des fromages. Mais aussi route stratégique de l'étain vers la Méditerranée, ou encore chemin emprunté par la chevalerie franque marchant contre les Sarrasins.

La Garde-Guérin

Voie des moines en pèlerinage vers Saint-Gilles et peut-être l'Orient. Un véritable sillage d'étoiles dans la Voie lactée du voyage que fut le Moyen Âge.

Le voyage du prêtre Aulanier du Brignon sur la Voie Régordane au XVIIe siècle.
*16 novembre 1644* : Départ de bon matin pour le voyage de Nîmes en Languedoc. Dîner à Pradelles où sont dépensés 16 sols. À Pranlas, un picotin pour la jument et une collation : 5 sols et 6 deniers. Souper et nuitée à La Bastide : 23 sols.
*17 novembre* : Départ à l'aube de La Bastide. Dîner à Villefort au logis des Trois Rois, dépense de 17 sols et 6 deniers. Collation et picotin à Génolhac : 4 sols et 6 deniers. Souper et coucher au Pradel, chez le logis nommé Fornier, avec une dépense de 19 sols et 9 deniers.
*18 novembre* : Départ du Pradel au lever du jour. L'abbé Aulanier dîne à La Lège d'Alès où il dépense 23 sols et 3 deniers pour lui et sa monture. Il prend une collation et donne l'avoine à la Baraque de La Bitarelle, pour un coût de 9 sols et 6 deniers. Enfin, il arrive pour souper et coucher à Nîmes, ce qui lui revient à 25 sols et 9 deniers, dont 2 sols pour le port.

Régordane

À la fin du XVIIe siècle, P. Grelet de la Deyte fit deux voyages entre Le Puy et Montpellier :
*« J'ai fait deux voyages en la ville de Montpellier, à savoir au mois de juin de l'année 1681 et l'autre au mois de janvier 1692. Pour y aller, il faut passer du Puy à Cussac, à Costaros, à La Sauvetat, à Pradelles, à Langogne, à Luc, à Pranlas, à Rogleton, à la chapelle Saint-Thomas, au Thort, à La Molette, à La Garde-Guérin, à Bayard, à Villefort, à Vielvic, à Génolhac, à Chamborigaud, à Portes, au Pradel, au Mas-Dieu, à Saint-Martin, à la ville d'Alès, à La Taverne (où il faut passer la rivière du Gardon), à Lédignan, à Crépian et à La Chapelle, à la ville de Sommières, à Formignargues, au Pont-Neuf et enfin à Montpellier. D'ici à Montpellier, il y a environ 35 lieues. »*
(PAYRARD, J.B., *Petites éphémérides vellaviennes*, 1889, Le Puy-en-Velay. / « Le livre de raison de Louis Jouve » dans *Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne*, Tome XXXIII, n°603, 1964.)

gr700

Affirmer que la Lozère est enclavée, c'est ignorer son histoire ou, à tout le moins, la réduire à l'ère des chemins de fer...

La Lozère, et plus encore sa province d'origine, le Gévaudan, non seulement n'a jamais été enclavée jusqu'au milieu du XIXe siècle, mais elle peut même être considérée comme une région d'intenses brassages. De grandes voies de passage, des points de confluence et des routes s'y croisaient, où rois, colporteurs, moines, chevaliers, marchands, troupeaux et charrois se rencontraient sans cesse. Les motifs d'une telle circulation étaient multiples et entremêlés : religieux, économiques, militaires, pastoraux. Avant tout, c'était une zone de contact essentielle et privilégiée entre la civilisation méditerranéenne (grecque, romaine ou arabe) et le monde nordique, celui des mystérieux pays de l'étain et des sombres forêts régis par les peuples celto-germaniques.

Trace sur la Régordane

Parmi les innombrables routes, sentes ou drailles qui traversent encore notre province, l'une d'elles nous est peut-être plus familière : c'est la Voie Régordane, ce sentier qui reliait Nîmes au Puy-en-Velay et au pays arverne, connectant la Méditerranée au monde « barbare » de la Gaule, et même aux étranges contrées de Bretagne et d'Irlande.

L'origine de cette voie se perd dans la nuit des temps. Vraisemblablement chemin de transhumance naturelle puis pastorale à l'époque préhistorique, elle s'est très vite enrichie de la circulation de marchandises à l'époque romaine, entre le pays arverne et celui des Volques centré autour de Nemausus (Nîmes). On y troquait du vin contre des armes et des bijoux, de l'huile et du sel contre du froment et des fromages. Avec la progression du transport sur roues, l'entretien puis l'élargissement de la voirie s'organisèrent. Les péages et les « protections » firent également leur apparition, car le pays était peu sûr et cette circulation de richesses attirait les convoitises — notamment celles générées par les produits orientaux (soieries, épices) arrivant par le port de Saint-Gilles et remontant vers les célèbres foires de Champagne.

GR700

Des lieux de rencontres et d'échanges se constituèrent, formant l'amorce des villes et bourgs que nous connaissons aujourd'hui : Génolhac, Langogne, La Bastide-Puylaurent, Villefort. Autant d'étapes, d'abris et d'entrepôts pour un commerce qui enrichissait les populations riveraines. Des forteresses apparurent également, à l'image du château de Portes ou de La Garde-Guérin, destinées à protéger (ou parfois à contrôler) ces flux économiques et culturels.

Tout naturellement, le GR®700 devint aussi une route de pèlerinage. Si les gîtes d'étapes, les chambres d'hôtes, les hôtels et autres auberges fleurissaient, les lieux de culte et leurs collections de reliques, dont le Moyen Âge avait le délicieux secret, se multipliaient tout autant.

Juste au nord, vers Le Puy-en-Velay, passait le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, ainsi que celui des Teutons, qui drainait tout le nord-est de l'Europe vers le sanctuaire marial du Puy. Ce carrefour était un point de passage stratégique pour les jacquets et autres pèlerins qui, par la Régordane, s'offraient une descente vers le grand monastère de Saint-Gilles et son port ouvert sur de multiples destinations.

Chemin à la fois religieux, touristique et culturel, la Régordane était également animée par les ribaudes, les ripailles, les trouvères et les chansons de geste, qui venaient égayer un pèlerinage parfois bien long. Les hôteliers de l'époque soignaient déjà leur accueil et n'ignoraient rien de l'art de l'animation. Les récits guerriers des croisades — sachant que vers le Midi et l'Espagne, ces expéditions furent largement antérieures aux Croisades orientales — offraient un riche terreau de rêves et d'histoires pour peupler les longues nuits des mythiques vallées cévenoles.

Il faut suivre la Voie Régordane pour découvrir ses pavages ancestraux, qu'ils soient romains ou « françois ». Il faut savoir observer, sous la végétation, les ornières laissées dans la roche par les charrettes lourdement chargées de mystérieuses denrées aux destins incertains. Il faut imaginer ces bourgs et ces imposants porches qui, à la nuit tombée, engloutissaient chevaux, mulets, ballots et colporteurs pour les restituer au petit matin, dans la fraîcheur ensoleillée, parmi un foisonnement de couleurs, de rumeurs et d'odeurs...

Tout au long de notre périple, à travers les nombreuses traces laissées par nos aïeux, il faut savoir déchiffrer leurs préoccupations, leurs espoirs et leurs mythes. Le chevalier Guillaume au Court Nez (Fierbrace) est toujours là, bien présent, et les fers de son destrier résonnent encore sur les dalles ancestrales. Lui qui emprunta la Régordane depuis Le Puy-en-Velay pour reprendre Nîmes aux Sarrasins, ces félons qui « au vrai Dieu ne croient ni à Dame Marie » et méritaient donc un châtiment exemplaire :

Vestent hauberz, lacent hiaumes gemez
Ceingnent espées a ponz d'or noielez
Montent es seles des destriers atrivez ;
A lor cops pendent lor forz escus bouclez,
Et en lor poinz les espiez noielez.
De la vile issent et rengie et serré
Devant elsfont l'oriflanbe porté
Tout droit vers Nymes se sont acheminé.
A tot dis mille de François bien armez
qui de bataille estoient aprestez...
Par mijorez et par bois chevauchièrent
Par Ricordane outre s'en trespassèrent,
De si au Pui onques ne s'arestèrent...

Chemin de Régordane ou Voie régordane

Dix mille chevaliers sur la Régordane ? Le chemin a bel et bien vécu ses heures de gloire. Mais trop de prospérité et de liesse finiraient-ils par le tuer ? Une histoire millénaire risquait-elle de sombrer dans l'oubli ? À l'image de l'enchanteur Merlin, toujours vivant au plus profond du lac, la Régordane s'est doucement enfoncée dans les eaux de l'oubli.

Gorges du Chassezac

Dès la fin du XIVe siècle, la guerre de Cent Ans fit délaisser notre territoire, jugé trop dangereux, au profit de l'Allemagne et des Flandres. La vallée du Rhône et les foires franches de Lyon eurent définitivement raison de son intérêt économique. Ressurgie au XVIIIe siècle par la volonté royale, la route s'étiola à nouveau car la vie s'était déplacée ailleurs. N'y a-t-il plus rien ? Des ruines, des broussailles, des pavages, un chemin. Il est ici, il est là... Garde-t-elle prisonnières en ses flancs des sirènes ? La musique, elle, est toujours là, persistante.

Les parfums et les sonnailles n'en finissent plus de raconter ses innombrables légendes. Et des pavés disjoints sourd un chant immémorial. Enveloppants et éternels sont ses rivages. Et ses mirages qui ne mènent nulle part, si ce n'est au bout de nos rêves.

Chemin de Régordane ou Voie Régordane ?
Seule l'expression « Chemin de Régordane » est historiquement correcte si l'on se réfère aux formes anciennes recueillies depuis le XIIe siècle : *itinere publico regordane, iter publicum regordane, strata publica de regordane, carreriera publica regordane, grand camy de regordane, caminus Regordane, Chemin de Régordane*.

Le poète Frédéric Mistral, dont l'érudition n'a jamais été contestée, l'appelle *camin regourdan*. Par ailleurs, Régordane est le nom d'une région, d'une terre, voire d'une province, qui s'étendrait approximativement d'Alès à Pradelles et Largentière, comme nous l'avons démontré par ailleurs (*Le Chemin de Régordane*, Éd. Lacour, Nîmes). L'expression « Chemin de Régordane » est le nom donné à l'axe majeur qui traverse ce pays de Régordane, tout comme plus au nord, le « Chemin de Forez » désigne la grande route traversant cette région, et le « Canal de Berry » s'applique à la voie d'eau desservant cette province. Remarquons au passage l'utilisation de la préposition « de ». L'expression répandue de « Voie Régordane » n'a été adoptée qu'au XIXe siècle, dans le but d'attribuer à cette route une origine romaine improbable. Nous n'avons relevé cette formulation qu'une seule fois au XVIIIe siècle, d'ailleurs tempérée par sa traduction française : *via regordia, vulgairement chemin de régordane*. De surcroît, cette expression n'était alors utilisée que dans le cadre d'une polémique.
*Par Marcel Girault*