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Sur le sentier des Cévennes

Cévennesin polulla På Cevennes-stien On the Cevennes trail 沿着Cévennes小径 На Cévennes тропе Op het pad van de Cevennen
Sur le sentier des Cévennes (Lozère, Ardèche et Gard) Abbaye Notre Dame des Neiges

Après avoir arpenté de nombreux sentiers cévenols au cours des dix dernières années — de Saint-Jean-du-Gard au Causse Méjean, en passant par le mont Lozère — et être montés aux sources de la Loire l'an passé, nous avions quelque peu négligé la région s'étendant entre La Bastide-Puylaurent, Valgorge, Les Vans et Génolhac. Celle-ci correspond précisément au tracé du sentier Le Cévenol. Nous décidons donc de combler cette lacune en réservant des hébergements tout au long de ce parcours.

À notre arrivée à La Bastide-Puylaurent (1 024 m) vers 17 heures, nous sommes chaleureusement accueillis par Philippe Papadimitriou à la maison d'hôtes L'Étoile. Le repas y est copieux : exactement ce qu'il faut pour des randonneurs ambitieux !

Nous prenons le départ à 8 heures sous un ciel incertain, bien que la pluie nous épargne pour le moment. Nous suivons un chemin d'abord forestier, puis champêtre, avec peu de dénivelé, jusqu'à l'abbaye Notre-Dame-des-Neiges (1 081 m). Nous y apercevons quelques hommes, sans doute des moines, s'affairant autour de la ferme. L'abbaye, nichée dans son écrin de verdure, est tout simplement superbe.

Nous atteignons ensuite Saint-Laurent-les-Bains (820 m) par les hauteurs. Le village ne se dévoile qu'à 500 mètres de l'arrivée, blotti au fond d'un vallon, coincé entre deux monts qui semblent l'écraser de leur masse imposante. C'est un bourg charmant où les vieilles pierres et les constructions plus récentes, comme l'établissement thermal, se marient harmonieusement.

À peine un kilomètre après Saint-Laurent, les premières incertitudes sur l'itinéraire font surface. En cause : un panneau tombé à terre et un balisage défaillant, probablement lié à l'élargissement du chemin pour les engins de débardage. Heureusement, le petit col que nous finissons par atteindre offre un panorama magnifique sur des massifs sauvages aux pentes escarpées.

Loubaresse

Nous amorçons ensuite notre descente vers Conches (800 m), un hameau en ruines qui abrita pourtant jadis plusieurs foyers. À environ 300 mètres de là, nous découvrons un vieux mas isolé, dépourvu de tout accès routier, mais en pleine rénovation ! On ne peut l'atteindre que par un sentier muletier. Les matériaux de construction y sont acheminés via une tyrolienne tendue au-dessus de la vallée voisine, après un long trajet en 4x4, puis à la brouette... Quel travail titanesque, mais l'endroit est d'une beauté saisissante !

La vallée, survolée par cette tyrolienne, est baignée par un ruisseau limpide qui invite irrésistiblement à la baignade. Sous le pont, une vaste et profonde piscine naturelle nous tend les bras. Nous aurions adoré y plonger, mais la pluie devenant menaçante, nous poursuivons notre route. En chemin, nous croisons quatre randonneuses belges, la cinquantaine fringante et le sourire aux lèvres.

Nous arrivons ensuite au Mas de Truc, un vieux village joliment restauré. L'une des bâtisses y arbore un pittoresque « clocher de tourmente » équipé d'une cloche magnifique. En direction du col de Toutes Aures (1 199 m), le sentier perd en clarté. Parfois envahi par la végétation, il nous contraint à couper à travers les prés.

Tanargue

Loubaresse (1 230 m) est un village perché où l'on trouve tout le nécessaire : café, restaurant, chambres et table d'hôtes. L'épicerie et sa tenancière sont particulièrement charmantes. Vers 13 heures, nous déjeunons à l'abri du vent et sous le soleil, dans le hall d'entrée de l'église. En quittant Loubaresse, nous apercevons Valgorge au fond de la vallée. Hélas, arrivés sur une piste DFCI, nous manquons la bifurcation de notre GR et nous nous engageons par erreur sur le GRP Tour du Tanargue ! Nous ne retrouvons le sentier Cévenol que 5 kilomètres plus loin, sur la crête du Sapet, par laquelle nous ne devions normalement passer que le lendemain. Nous décidons alors d'amorcer la descente vers Valgorge, un trajet que nous devrons refaire en sens inverse le jour suivant. Bien que rallongée, cette étape n'en demeure pas moins splendide.

Valgorge (570 m) est un très beau village. Nous passons la nuit au gîte communal où règne une confiance absolue : la responsable a laissé la porte ouverte et la clé sur la table ! Nous avions réservé notre dîner au restaurant Le Tanargue. L'accueil, très élégant, avec la patronne et les serveurs tous cravatés, contraste avec notre tenue de randonneurs en shorts et tongs. Heureusement, tout se passe à merveille : le repas est fin, excellent, et d'un prix tout à fait raisonnable.

Nous quittons Valgorge à 9 heures pour une étape que nous espérons moins éprouvante que celle de la veille. Nous entamons la rude montée redescendue par erreur hier. Reposés, nous la trouvons finalement moins difficile que redouté, même si l'ascension dure près de deux heures. Arrivés sur la crête à 1 010 mètres, le panorama est à couper le souffle. Tout en bas, nous distinguons le village de Dompnac sur la droite et, droit devant nous, la chapelle Saint-Régis (700 m) que nous atteindrons d'ici une heure. Près de la chapelle, lors d'une collation réparatrice, nous croisons un couple de Luxembourgeois à l'allure sportive. Ils s'engagent sur le sentier des Lauzes, que notre GR emprunte également sur quelques kilomètres ; nous les retrouverons d'ailleurs un peu plus tard.

Vivarais

Alors que nous sommes prêts à repartir, nous apercevons un groupe de soixantenaires volontaires, originaires de la région, qui empruntent également le sentier des Lauzes. Afin de ménager les moins sportifs de leur groupe, ils décident de couper par la piste DFCI pour rejoindre Saint-Mélany. Cette manœuvre nous induit en erreur, d'autant qu'un couple de Pyrénéens, en plein pique-nique à la croix de Grimal, masquait involontairement les balises de notre bifurcation. Nous parcourons près de 500 mètres avant de réaliser notre méprise. Demi-tour immédiat, au grand dam des Pyrénéens qui se confondent en excuses ! Nous ne regrettons cependant pas ce détour, car le sentier des Lauzes est sublime : anciennes châtaigneraies, chemins empierrés (calades), jolis murets, vignes en terrasses et vieux mas se succèdent. Nous passons au ras des habitations, presque chez les gens, qui acceptent avec le sourire notre passage. Le sentier est d'ailleurs régulièrement ponctué d'œuvres d'art originales en pierre ou en bois, qui s'intègrent à merveille dans le paysage.

Au lieu-dit Le Travers (600 m), près du gîte d'étape, nous filons tout droit au lieu d'emprunter un petit chemin sur la gauche. Débouchant sur une route, nous tombons nez à nez avec notre couple de Luxembourgeois. Étonnamment, bien qu'ils aient déjà fait ce parcours l'année précédente, ils sont eux aussi perdus ! Le mari, tenace, tient absolument à retrouver le sentier et nous convainc, malgré la chaleur, de faire demi-tour. Nous voilà de nouveau sur la bonne voie, au cœur d'une vallée magnifique. Nous finissons par nous arrêter pour pique-niquer dans un coin ombragé, au bord d'un ruisseau.

Montagne ardechoise

En arrivant à Saint-Mélany (465 m), quelle n'est pas notre surprise de retrouver nos randonneurs luxembourgeois attablés à la terrasse d'un « Café de Pays », faisant également office d'épicerie et de restaurant. La serveuse étant très accueillante, nous nous arrêtons boire une limonade en leur compagnie. Arrivés au pont de la Brousse, l'appel de l'eau se fait irrésistible. La vaste piscine naturelle qui s'étend sous les arches est tentante : l'eau y est vive, claire et profonde. Les rochers qui la bordent permettent de se prélasser au soleil pendant que les enfants plongent et sautent à l'envi. Un véritable délice ! Nous en ressortons revigorés, les jambes légères, prêts à affronter les 5 longs kilomètres de montée caladée jusqu'au col de la Croix de Fer. Il fait très chaud, mais le chemin, heureusement très ombragé, est d'une beauté saisissante.

Une fois au col de la Croix de Fer (818 m), nous suivons la route pour rejoindre l'Auberge de La Peyre (860 m), qui propose des chambres d'hôtes. L'accueil y est chaleureux et le repas, bien que simple, est excellent. Les produits locaux sont de première qualité : charcuterie maison, une fabuleuse omelette aux cèpes préparée par le patron, et une succulente tarte aux abricots confectionnée par sa mère.

Nous entamons notre troisième étape vers 9 heures sous une chaleur déjà bien présente. Le sentier qui descend vers Dépoudent (650 m) est ombragé et sauvage. C'est une ancienne piste muletière comme on les aime, bien que l'érosion et le passage des sangliers la mettent à rude épreuve. Dépoudent est un charmant hameau composé de seulement quelques mas. Resté très authentique, on y ressent encore battre l'âme des anciens paysans cévenols.

Chambonas

À Saint-Jean-de-Pourcharesse (600 m), nous admirons le magnifique clocher à claire-voie — ou clocher-peigne — ainsi que quelques belles demeures, avant de plonger au cœur d'une ancienne châtaigneraie. Aux Aliziés, nous avons la chance de croiser le dernier agriculteur du hameau. Sympathique, il nous indique une fontaine bien fraîche pour remplir nos gourdes, profitant lui-même du bassin pour y mettre ses bières et jus de fruits au frais en prévision du déjeuner. Un autre habitant nous invite chaleureusement à visiter sa vaste demeure : grandes pièces dallées, passages sous voûtes de pierre dignes d'un manoir et, clou du spectacle, une terrasse couverte dominant la vallée où il nous offre une boisson fraîche. L'intermède est des plus agréables, mais l'heure tourne et il faut repartir. Nous déjeunons sur un vieux pont ombragé, juste avant qu'un groupe de vététistes, dévalant la pente à toute allure, ne surgisse sans prévenir : une rencontre impressionnante !

À Champmajour (240 m), nous descendons voir la fontaine du village : un très bel endroit avec sa voûte de pierre nichée sous un jardin en terrasses. Vient ensuite Chambonas (160 m), mais avec trop de route et bien trop de voitures ! La traversée du pont vers Les Vans est toutefois amusante : long et à voie unique, il dispose de deux ou trois refuges permettant d'esquiver les véhicules. Il faut calculer son passage en fonction de la vitesse des voitures et de sa propre pointe de vitesse !

Les Vans

Aux Vans (179 m), l'effervescence est à son comble. C'est une ville très touristique dont le cœur historique est charmant, mais envahi par la foule. Beaucoup de restaurants affichent déjà complet à 18 heures. Nous trouvons finalement refuge à « La Feuille de Chou », légèrement à l'écart de la vieille cité : les plats y sont bons et les prix corrects. Nous passons la nuit à l'hôtel des Oliviers, où le personnel se montre d'une grande gentillesse. Seul bémol : en pleine nuit, vers 2 heures du matin, des jeunes déclenchent l'alarme incendie en fumant dans leur chambre. Après cinq longues minutes d'une sonnerie stridente et un savon mémorable du gérant, ils se croient malins en fumant à nouveau, cette fois à la fenêtre. Un courant d'air rabat la fumée et l'alarme repart de plus belle ! Ils ont bien failli finir la nuit à la belle étoile...

Nous reprenons la route à 9 heures. L'orage de la nuit laisse s'évaporer de belles brumes matinales. La pente pour accéder au village de Naves est raide, mais grimpe via une superbe calade en parfait état. Les demeures y sont magnifiques, parfois reliées par des escaliers suspendus formant des arches sous lesquelles il fait bon flâner. Nous empruntons ensuite un sentier escarpé, en balcon au-dessus de la vallée du Bourdaric, dont la beauté ne se devine qu'à travers le brouillard.

Cévennes

Nous traversons une belle châtaigneraie avant de rallier Alauzas (490 m). Une piste DFCI plutôt roulante nous mène ensuite à Brahic (508 m). Et là, c'est le drame : les balises du GRP disparaissent ! Heureusement, notre topo-guide nous indique qu'un sentier de Petite Randonnée, balisé en jaune, part dans la bonne direction. Jusqu'où ? L'avenir nous le dira, mais c'est déjà ça de pris. De temps à autre, nous retrouvons une vieille marque jaune et rouge ayant survécu à l'effacement. À Murjas, même les panneaux indicateurs ont été découpés pour faire disparaître les balises du GRP ! Nous entamons une descente vers le torrent par une ancienne calade extrêmement raide et dégradée, rendue glissante par l'humidité. L'endroit, magnifique, inviterait presque à la baignade si l'air n'était pas si frais. S'ensuit une interminable remontée sur une pente escarpée, au milieu d'une ancienne châtaigneraie, cette fois baignée de soleil. La température y grimpe brutalement d'une dizaine de degrés !

Nous pique-niquons à proximité de Malbosquet (430 m), mais l'orage nous y surprend. Nous enfilons rapidement nos capes de pluie et repartons pour une nouvelle et très longue ascension au milieu des châtaigniers. Nous finissons par retrouver notre GRP juste après les Escoussous, près de Malbosc. Le chemin de crête (660 m), tracé dans la forêt, nous semble bien long, d'autant que les points de vue y sont rares. La montée s'étire encore. À un kilomètre du col de Péras, nous espérons rattraper le GR®44A, censé nous descendre directement vers le château du Cheylard et nous rapprocher de notre gîte. Hélas, au bout de 500 mètres, la trace se perd dans la forêt... et nous faisons demi-tour ! Le tonnerre gronde de nouveau et se rapproche dangereusement, nous forçant à ressortir nos capes de pluie.

Aujac

Arrivés au col de Péras (771 m), le GR nous semble impraticable, jonché de pierres rendues glissantes par la pluie. Par prudence, nous décidons de poursuivre par la route en direction d'Aujac (520 m).

Peu avant le village, nous bifurquons vers le château du Cheylard pour redescendre sur Aujaguet, puis vers La Baraque (330 m), où se trouve notre gîte que nous atteignons vers 19 heures. L'accueil y est formidable. Lise-Anne, la compagne québécoise de notre hôte Jonas Nivon, nous fait visiter les lieux. Tout est charmant, pensé avec soin : un véritable éco-gîte d'exception. Soucieuse de notre fatigue, elle nous propose une tisane, plaisante et rit volontiers, brisant instantanément la glace. La Baraque dispose d'un grand potager bio et d'une basse-cour, qui garnissent généreusement notre repas du soir. Tout y est excellent, avec une mention spéciale pour la tarte au chocolat, amandes, noisettes et caramel. Ce pur délice nous fait vite oublier la fatigue de la journée, et nous nous attardons avec plaisir à table autour d'une dernière tisane.

Nous quittons La Baraque vers 10 heures, l'étape du jour vers le gîte de Tourevès — sur les pentes du mont Lozère près de Génolhac — étant plutôt courte. Nous empruntons le chemin de la fin de notre étape d'hier, qui nous paraît d'ailleurs bien plus séduisant sans l'épuisement de la veille.

Nous passons par Aujac (520 m) pour ensuite descendre vers le pont de Souillas, que l'on nous a chaudement recommandé pour la baignade. Sous un soleil radieux, nous décidons d'y faire une halte baignade et pique-nique. À 13h30, nous reprenons la marche par une montée abrupte vers Charnavas-le-Haut (480 m).

Génolhac

Nous n'apercevrons ce village que de loin, car nous bifurquons dès la première maison en direction d'un col. Nous redescendons ensuite dans une vallée abritant le plus petit pont de notre périple : il a tout d'un grand avec son arche et ses parapets, mais en version miniature.

À notre arrivée à Génolhac (540 m), l'atmosphère est lourde. Nous nous arrêtons pour boire une limonade et échanger avec l'Office de Tourisme sur les problèmes récurrents de balisage et d'entretien du GRP Le Cévenol. Nous prenons le temps de flâner dans les charmantes ruelles de la ville, avant d'attaquer la montée vers notre gîte un peu après 16 heures, en suivant l'ancienne voie reliant Génolhac à Villefort.

L'orage nous rattrape dès le pied de la montée. Il pleut à verse tout au long des trois kilomètres d'ascension vers le col de Bergeronnette, situé à 500 mètres de Tourevès (800 m) et offrant un splendide belvédère sur la vallée de Génolhac. À notre arrivée, un rayon de soleil parvient à percer les nuages, dessinant un immense arc-en-ciel au-dessus de la ville. C'est magique ! Le repas du soir débute par la cartagène, un apéritif maison, servie avec de délicieuses olives aux herbes. Le pâté du charcutier de Chamborigaud est un pur régal. Le dîner est d'autant plus convivial que nous le partageons avec une joyeuse famille de randonneurs parisiens.

Mont Lozère

Nous quittons Tourevès à 9 heures pour arriver à Villefort avant l'orage annoncé pour 13 heures. La piste forestière, perchée en balcon au-dessus de la vallée, s'ouvre régulièrement sur de magnifiques panoramas. Nous distinguons même très nettement le mont Ventoux, que notre hôte Jacques Lemaire nous avait déjà pointé du doigt dans la brume matinale. Au col du Marquet, un superbe point de vue se révèle juste derrière l'imposant rocher qui borde la route.

Nous marquons une courte pause casse-croûte au col de Rabusat (1 099 m). Un jeune couple, arrivant du Mas de la Barque sur le Mont Lozère, nous dépasse avec une belle récolte de girolles qu'ils prévoient de cuisiner à midi. Nous évoluons ensuite sur une ligne de crêtes au milieu des genêts, avec de petites séances d'escalade qui pimentent le parcours. Dans la descente, surprise : nous retrouvons le sac de champignons du couple, posé sur l'herbe en bord de chemin. Sachant qu'ils ne doivent pas être loin, je cours pour le leur rendre. Peu après, nous croisons une randonneuse allemande frôlant les soixante-dix ans, toujours aussi vive et passionnée, qui nous prête son appareil photo pour immortaliser son passage avec Villefort en toile de fond.

Villefort

Une longue piste nous mène finalement jusqu'à Villefort (591 m). Il est 12h40 et la pluie commence à tomber. Nous décidons donc de manger au chaud dans le premier restaurant sur notre chemin, « La Brindille », proposant un excellent menu du jour à prix doux. Face à l'averse qui s'intensifie, nous nous félicitons de ce choix stratégique ! Notre pique-nique restera sagement dans les sacs pour le lendemain. Lorsque nous ressortons vers 14 heures, il pleut toujours.

Nous faisons un détour par la maison de la presse pour acheter de la lecture et quelques cartes postales, de quoi nous occuper à l'hôtel du Lac (615 m). Vers 17 heures, le soleil réussit enfin à percer l'épaisse couche nuageuse, et nous en profitons pour flâner au bord du lac. L'endroit est charmant, mais l'esprit n'y est plus tout à fait : nous pensons déjà à l'étape du lendemain. Le soir, nous nous régalons d'un flan au Bleu d'Auvergne, suivi d'un veau de Lozère, et en dessert, une tarte aux myrtilles maison accompagnée d'un fondant aux châtaignes et de son coulis de framboise. Le tout servi avec le sourire par un personnel des plus aimables.

Nous quittons l'hôtel peu avant 9 heures sous une fraîcheur matinale idéale pour attaquer la rude ascension vers La Garde-Guérin par le GR®700, la fameuse Voie Régordane. La voie pavée (calade) y est par endroits remarquablement bien conservée. L'approche du Mont Lozère se fait sentir : contrairement aux fines plaques de schiste du début de notre parcours, les pierres sont ici de gros blocs de granit arrondis. Le sentier grimpe sec, offrant de superbes vues sur le lac et, plus haut, sur le Mont Lozère. On distingue d'ailleurs parfaitement le chemin par lequel nous sommes descendus la veille après le col de Rabusat.

Sur la voie Régordane en Lozère

Nous débouchons bientôt sur un plateau d'où nous apercevons La Garde-Guérin (874 m). Il n'est même pas 10 heures, ce qui nous laisse amplement le temps de visiter ce superbe village médiéval des XIIe et XVe siècles. L'ascension de la tour est une épreuve sportive : on y accède par un conduit de seulement 90 cm de large sur 2 mètres de haut, sans le moindre escalier. Il faut utiliser les trous dans le mur et une barre de fer pour se hisser sur la plateforme sommitale. L'effort est toutefois récompensé par un panorama à 360 degrés, allant des gorges du Chassezac à l'est jusqu'au Mont Lozère à l'ouest. Nous quittons le village par un joli sentier ombragé, passant devant une fontaine-lavoir, pour rejoindre un magnifique belvédère surplombant à nouveau les gorges du Chassezac.

Le Thort

Après avoir longé un terrain de golf, le sentier serpente dans les prés pour atteindre Albespeyres (870 m). Captivés par les vieux mas et les grands potagers, nous en oublions de surveiller les balises du GR et ratons la descente vers le Chassezac qui passe sous la voie ferrée. Qu'à cela ne tienne, nous poursuivons sur la route et récupérons le GR juste avant Prévenchères, en traversant le barrage du Chassezac. Un vieux randonneur habitant Albespeyres, à qui nous racontons notre erreur, nous explique en souriant que la bifurcation du GR était tout simplement masquée par une voiture blanche garée devant ! Cela nous rappelle curieusement l'épisode des Pyrénéens pique-niquant devant notre balise quelques jours plus tôt...

Passé La Molette (1 006 m), nous continuons à gagner de l'altitude (1 133 m) en longeant des pâturages de vaches. Après Le Thort, le chemin flirte avec un bois propice aux champignons avant de déboucher sur une vieille route goudronnée à moitié avalée par la végétation, aujourd'hui réservée aux randonneurs. Emportés par notre élan, nous ratons une nouvelle fois une bifurcation sur la gauche et finissons par rejoindre La Bastide-Puylaurent par une petite route secondaire...

À notre arrivée à L'Étoile, à La Bastide-Puylaurent (1 024 m), Philippe Papadimitriou nous accueille avec un bon thé chaud. Tout est bien qui finit bien !

Cette randonnée reste incontestablement l'une des plus belles que nous ayons jamais accomplies. Naviguer de crête en crête, traverser des vallées encaissées, s'offrir le luxe d'une baignade dans des rivières sauvages, tout en profitant de panoramas époustouflants sculptés dans le schiste et le granit... Et comment ne pas s'émerveiller devant cet habitat de caractère, solidement accroché aux pentes, qui semble avoir dompté la montagne grâce à des kilomètres de terrasses montées à la main, pierre par pierre. Quel pays magnifique ! Eric Dubois