Récit d’une parenthèse hors du temps, entre écriture, vélo électrique et rencontres au coin du feu.
C’est en cherchant sur Internet un refuge pour écrire en paix, loin d’une plaine étouffant sous une énième canicule, que j’ai découvert le site etoile.fr. Les promesses de cette adresse m’ont convaincu d’embarquer mon propre vélo électrique dans le train jusqu’à La Bastide-Puylaurent. À 1 000 mètres d’altitude, aux portes de la Lozère, ce village est un véritable « point froid », une oasis climatique providentielle pour fuir un réchauffement toujours plus pressant. En poussant la porte de L’Étoile, ancien hôtel de villégiature de 1926 au bord de l’Allier, j’ai immédiatement senti que cette bâtisse avait une véritable âme. Mon instinct ne m’avait pas trompé.
Dès mon arrivée, un hôte à l’énergie communicative s’est avancé vers moi : Philippe Papadimitriou, le maître des lieux. Venu de Belgique, il a insufflé à cette imposante bâtisse blanche sa spontanéité et sa profonde humanité. Il m’a guidé vers ma retraite pour la semaine : la chambre côté rivière avec son balcon. Pour l’écrivain en quête d’inspiration que je suis, c’était l’écrin parfait.
Mes journées ont très vite trouvé leur équilibre. Le matin, je m’installais sur son balcon ou dans le jardin pour de longues sessions d’écriture, avec le murmure des eaux claires de l’Allier en contrebas. L’après-midi, place à l’exploration. Pour m’aiguiller, Philippe avait conçu une multitude de boucles sur mesure, pensées aussi bien pour la randonnée pédestre que pour le vélo. Tous ces précieux itinéraires étaient disponibles en libre-service dans son bureau, prêts à être emportés pour la journée.
Côté marche, la situation de la maison d’hôtes est exceptionnelle puisqu’elle se trouve au croisement de sentiers mythiques. J’avais l’embarras du choix pour user mes chaussures entre le GR7, le GR72, le célèbre GR70 Chemin de Stevenson, le GR470 qui suit les méandres de la vallée de l’Allier, ou encore le GR700 La Voie Régordane. Mais lorsque l’envie d’aller plus loin se faisait sentir, j’enfourchais mon vélo électrique pour sillonner les petites routes pittoresques de la région. Loin des chemins de grande randonnée réservés aux piétons, ces tranquilles rubans d’asphalte me permettaient d’avaler les dénivelés avec facilité, le visage caressé par une brise salvatrice.
Mon retour à la propriété marquait un rituel immuable. C’est en milieu d’après-midi que s’échappait des cuisines l’odeur irrésistible et réconfortante du pain maison en pleine cuisson. Alléché, je prenais le temps de flâner le long du petit canal où glissent paisiblement quelques poissons rouges, avant d’observer la grande serre où rougissent de généreuses tomates gorgées du soleil de la montagne. J’entendais parfois s’élever un doux air de piano. C’était Philippe qui, après avoir cuisiné et assuré le repas, s’accordait un moment de répit pour improviser quelques notes.
La fin d’après-midi sonnait l’heure de la convivialité. En guise d’apéritif, je savourais une bonne bière belge bien fraîche face au jardin. Puis, la cloche annonçait le dîner. Autour de la grande table d’hôtes, la fameuse soupe de Philippe remportait un grand succès. C’est à cet instant que l’esprit universel des lieux se révélait pleinement.
Je partageais mon repas avec des randonneurs en séjour, venus de tous les pays pour rayonner chaque jour sur les boucles environnantes, mêlés aux marcheurs itinérants, le sac lourd et les godillots fatigués, faisant une halte salvatrice sur le mythique sentier de Stevenson. Sédentaires d’une semaine et pèlerins d’un soir, nous refaisions le monde ensemble à la lueur du feu de cheminée.
C'est promis, ami Philippe et ta belle demeure, je reviendrai. On repart le manuscrit nourri par ces belles rencontres, avec les pieds bien ancrés sur terre mais résolument « la tête dans les étoiles ». par Alain Huy