Au XIe siècle, une garnison fut établie dans le village, formant une véritable force de l'ordre chargée d'assurer la sécurité des voyageurs. Pour financer cette protection, diverses taxes étaient perçues, telles que les droits de péage (sur les marchandises et les passants), les frais de guidage, les droits de cartalage (pour les denrées mesurées à la quarte), ainsi que les étonnants droits de pulvérage, exigés lorsque les troupeaux soulevaient de la poussière sur leur passage.
Par la suite, La Garde-Guérin instaura un système vassalique laïc, structuré par les maîtres des écoles de chevalerie et prônant une stricte égalité des droits et devoirs. Inédit en France à cette époque, ce modèle unique donna naissance aux « Chevaliers pariers » (ainsi nommés car ils étaient égaux en droits, ou « pairs »). Exaspéré par le coût excessif des droits de passage et le comportement jugé inique de ces seigneurs, Aldebert III, évêque de Mende, parvint à assiéger La Garde en 1163 avec l'appui de la noblesse locale. Le village fut alors confié à la famille Guérin du Tournel, qui lui laissa son nom actuel. Les Chevaliers pariers se partageaient la seigneurie et possédaient chacun une demeure pourvue d'un puits. Ces maisons étaient séparées par des ruelles si étroites — d'à peine trente centimètres de large — qu'on les appelait les « pans du roi ». Ces espaces délimitaient les parcelles et garantissaient l'indépendance de chacun, selon l'adage voulant que « chacun se mêle de ses propres affaires ».
En 1258, on recensait 31 propriétés. Aujourd'hui encore, il est fascinant de pouvoir admirer ces mêmes 31 demeures ! À partir de 1260, les Chevaliers pariers élisaient annuellement deux représentants parmi eux, qui prêtaient serment devant l'évêque. Ils avaient pour mission de répartir les revenus et d'entretenir la voie. En 1367, Louis d'Anjou, comte du Maine et deuxième fils du roi de France, institua une foire de trois jours à l'occasion de la Sainte-Catherine (le 25 novembre), ainsi qu'un marché hebdomadaire le lundi. En 1721, cette grande foire fut avancée au 29 septembre, jour de la Saint-Michel, le saint patron du village.
Au XVIe siècle, l'évêque de Mende, Renaud de Beaune, céda ses parts du village au seigneur de Morangies, qui en devint l'actionnaire majoritaire. À la fin de ce même siècle, durant les affres des guerres de Religion, le château et le village furent ravagés par les flammes. La bourgade fut cependant promptement rebâtie par les héritiers des Chevaliers pariers. Son style Renaissance est souvent qualifié de « régordanien », en référence à la Voie Régordane et à des éléments architecturaux caractéristiques, comme les entrées charretières que l'on retrouve rue de l'église à Villefort et dans d'autres bourgs longeant cet itinéraire. En 1722, le château fut de nouveau la proie d'un incendie, cette fois en raison de la négligence d'un fermier. Les propriétaires, préférant les fastes de Versailles, avaient en effet délaissé le domaine aux mains de métayers peu précautionneux.
Tous les anciens droits et privilèges seigneuriaux furent définitivement abolis lors de la Révolution française en 1789. En 1795, alors que le château n'était plus qu'un amas de ruines à la suite de l'incendie, l'une de ses tours s'effondra tragiquement sur une maison, tuant la plupart de ses occupants. La construction de la route actuelle débuta en 1840, reléguant peu à peu la Voie Régordane au rang de simple chemin de transhumance pour mener les troupeaux vers les pâturages d'estive. En 1929, le château, le donjon et l'église furent classés au titre des Monuments historiques, et le village devint un site inscrit. La consécration survint en 1992, lorsque La Garde-Guérin fut couronnée du prestigieux label des « Plus Beaux Villages de France ».
L'église, de style roman provençal et dédiée à saint Michel, daterait du XIIe siècle. Sa voûte en berceau est majestueusement bâtie en pierre de taille. La croisée de la nef et de l'abside repose sur un arc double saillant soutenu par de robustes piliers. Les chapiteaux y sont tous uniques, finement sculptés de motifs floraux, végétaux, animaliers ou encore de figures bibliques particulièrement énigmatiques. Le tailloir des colonnes arbore fréquemment un élégant motif en damier. Le chœur, baigné de la lumière de deux vitraux, se distingue par des arcs harmonieux s'appuyant sur de petites colonnes aux chapiteaux épurés. Sous cet espace sacré, un modeste caveau creusé à même la roche abrite les sépultures des consuls pariers de La Garde. Le portail d'entrée présente trois voussures moulurées s'élevant jusqu'au tympan, sculptées dans une pierre massive. Au-dessus de la porte, une petite meurtrière laisse filtrer les rayons du soleil couchant, illuminant directement l'autel.
Les cloches, dont la plus ancienne remonte à 1643, sont suspendues dans les arcades d'un élégant clocher-mur (ou clocher à peigne). De part et d'autre de cet édifice, de solides contreforts viennent soutenir et équilibrer la poussée extérieure de la voûte.
Le château trône à la pointe nord-est du village, l'emplacement le moins accessible et donc le plus aisé à défendre. Un acte épiscopal datant de l'an 1058 atteste déjà de l'existence de cette place forte. En observant ses ruines, on devine facilement les multiples reconstructions et transformations qu'il a subies au fil des XVIe et XVIIe siècles, tout particulièrement lors des tumultueuses guerres de Religion.
Le donjon, ou la tour, s'élève fièrement à 21,50 mètres de hauteur. L'époque exacte de son édification reste incertaine, bien qu'on la situe généralement entre le XIIe et le XIVe siècle. Elle abrite trois étages voûtés : le niveau inférieur servait de réserve de vivres, tandis que les étages supérieurs faisaient office de logis. À l'origine, la tour comportait un niveau supplémentaire, aujourd'hui disparu.
Quant aux remparts, une grande partie a été démantelée pour apporter davantage de clarté au village, et leurs pierres ont servi à combler les fossés. Selon les secteurs, les pans de muraille encore debout atteignent 8 à 10 mètres de hauteur, pour une épaisseur moyenne de 1,65 mètre. Ils sont constitués de blocs de grès réguliers, noircis et patinés par le soleil. Initialement, de larges fossés creusés dans la roche ceinturaient le village, à l'exception du versant surplombant le Chassezac, où les remparts s'élevaient directement à l'aplomb des falaises. Bien que plusieurs sections aient été rebâties, il subsiste encore quelques rares et précieux vestiges de l'enceinte originelle.
L'histoire de la famille du château de La Garde-Guérin
De Diane Morang à toute ma famille perdue, avec les armoiries.
Dans l'Armorial Général de J.-B. Rietstap, on ne trouve qu'un seul blason pour la famille Morange : « D'azur à trois chérubins d'argent ». On raconte que la lignée arborant cet écu était originaire de Lyon. En réalité, il n'a jamais existé de « famille » proprement dite portant ce nom et ces armoiries, du moins si l'on entend par là une descendance sur plusieurs générations. Ces armes furent en effet accordées à Bédien Morange (ou Morangies), un théologien français né à Paris en 1638 et décédé à Lyon en 1703. Vicaire général du diocèse de Lyon, il s'éteignit sans laisser d'héritiers. La véritable famille de Morangies tire son nom d'un domaine languedocien bien antérieur à 1444. Initialement patronymée Molette, la branche aînée adopta le nom de Molette de Morangies, tandis que les branches cadettes conservèrent le simple patronyme de Morange. D'extraction très ancienne, cette noble lignée du Languedoc s'est illustrée par ses alliances prestigieuses et ses éminents services militaires.
Avant la Révolution, le Languedoc figurait parmi les provinces les plus vastes et importantes du royaume de France. Il était bordé au nord par le Lyonnais et l'Auvergne, ainsi que par le Rouergue et le Quercy (subdivisions de la Guyenne) ; à l'est par le Rhône, qui le séparait du Dauphiné et de la Provence ; au sud par la Méditerranée, la province du Roussillon et les Pyrénées ; et enfin, à l'ouest par la Guyenne et la Gascogne.
La famille apparaît dans les registres dès 1237, date à laquelle un certain Bertrand de Molette possédait des terres ayant appartenu à Raimond de la Garde, en Languedoc. En mars 1248, ce même Bertrand obtint un « fief noble » de Guillaume Blanc et de son épouse Agnès. En mai 1258, il reçut un autre fief noble des mains de Barthélemi et Guillaume Merle. Cette même année, il est attesté qu'il occupait le château de La Garde-Guérin.
Le 17 mai 1264, Bertrand reçut certaines terres en Languedoc de la part du notaire Guion Chanier, de Bertrand de Peyrenal, de Bernard de Magotes, de Bertrand de Molette (coseigneurs de La Garde-Guérin) et de Hugen de Garde-Moyenne, prieur de Prévenchères. Son fils, Barthélemy de Molette, obtint à son tour, le 12 novembre 1293, des terres supplémentaires à La Garde, cédées par Thomas de la Garde. Le 10 janvier 1310, il vendit à Hélix de Planchamps, veuve de Guillaume de Beauvoir, une partie des terres de La Garde, une transaction ratifiée par son épouse Catherine et par leurs fils, Jean et Bertrand. Parmi ces derniers, Bertrand de Molette portait le titre de chevalier et de coseigneur de La Garde-Guérin. Dans son testament du 18 décembre 1330, il mentionne son fils Jean de Molette, seigneur de La Garde-Guérin. Le 5 septembre 1392, ce dernier acquit une propriété considérable grâce à Agnès de Châteauneuf, probable parente. Jean s'unit ensuite, par contrat daté du 5 juillet 1395, à Jeanne de Peyrebasse, fille du noble Raimond de Peyrebasse.
La famille Peyrebasse était originaire de Guyenne, province voisine du Languedoc, et blasonnait ainsi : « De sinople à un flambeau à deux chandelles allumées d'argent ». Jean rédigea son testament le 13 août 1425, y mentionnant ses enfants : Jean, dont nous parlerons bientôt ; Claude ; Léons, mariée à Armand Firmin ; Amaradge, épouse de Jean de Fontaine ; et Miracle, unie au seigneur de Monteil des Vaus. Raimond et Philippe jouèrent également des rôles de premier plan au sein de la fratrie, époque à laquelle le nom de Morangies apparaît d'ailleurs pour la toute première fois.
Jean de Molette, chevalier, seigneur de Morangies et coseigneur de La Garde, épousa par contrat, le 31 décembre 1444, Hélix de Grille, fille de Bertrand de Grille, issue du diocèse de Saint-Flour. La famille Grille du Languedoc portait pour armoiries : « De gueules à la bande d'argent chargée d'un grillon de sable ». Ils furent élevés au rang de marquis en avril 1684. S'il reste difficile d'établir avec certitude de qui Jean de Molette hérita du domaine de Morangies, le fait que la famille Peyrebasse possédait un lieu-dit de ce nom laisse supposer qu'il obtint ces terres de sa mère, Jeanne de Peyrebasse. Jean de Morangies rédigea son testament le 4 novembre 1466, complété d'un codicille le 7 février 1477, où il cite ses enfants : Azias, dont nous reparlerons ; Claude ; Guigon ; Jean, prieur de Guillostre ; Claude, épouse d'Antoine Falcon ; Delphine, mariée à Gilbert de Malbac, seigneur de Briges ; Jeanne, unie à Jean de Pierre, seigneur de Bernis et ancêtre de cette lignée ; ainsi que Catherine, abbesse de Saint-Geniès.
Azias de Molette-Morangies, chevalier, seigneur de Morangies et copropriétaire de La Garde-Guérin, épousa par contrat, le 30 avril 1487, Marguerite d'Hérail, fille de Jean d'Hérail et de Gabrielle Budes. Dans son testament du 23 novembre 1498, il mentionne ses enfants : Louis, dont nous reparlerons, Claude, Guigon, Anne, Françoise, Louise, Gabrielle et Antoinette.
Louis, seigneur de Morangies et copropriétaire de La Garde-Guérin, énumère ses enfants dans son testament daté du 25 mai 1546 : Claude ; Charles, seigneur de Felgerolles ; Gui, destiné aux ordres religieux ; Louise ; Gabrielle ; Anne ; et Marguerite, mariée en 1556 à Jacques d'Isar de Villefort.
Claude, seigneur de Morangies et ambassadeur du roi de France Henri II à la cour ottomane, fut nommé maître des écuries par Charles IX le 16 février 1563 — une charge très prestigieuse à l'époque — et fut fait chevalier de l'ordre de Saint-Michel en juillet 1572. Il épousa par contrat, le 10 juin 1555, Françoise Guinoard, fille de Claude de Guinoard (seigneur et baron de Reure, de Grisac, de Banc, de Saint-Florent, etc.) et de Florette des Poredets-de-Maillanc. Dans son testament du 11 septembre 1576, il mentionne ses enfants : Antoine ; Charles ; Jean-Antoine ; Balthazar, adoubé et reçu dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1579 ; ainsi que François, seigneur d'Ombret et de Recour. Ce dernier rédigea son testament le 9 mai 1655, citant ses propres enfants : Charles, seigneur de Plagnac ; Antoine, de Provenchises (probablement Prévenchères) ; Hugues ; François ; Françoise, épouse de Louis de Cubières (seigneur du Cheylard et de Pouzilhac) ; Gabrielle, mariée à Henri de la Garde ; et enfin, Anne.
Antoine se maria par contrat, le 9 février 1571, avec Marie de Naves, fille de Claude de Naves, seigneur de Mirandol. Il rédigea son testament le 25 mai 1586, y mentionnant ses fils, François (dont nous reparlerons) et Charles. La famille Naves se vit octroyer des armoiries le 15 janvier 1647 : « D'azur à une fasce ondée d'argent ». François, l'aîné des fils, seigneur de Morangies et de La Garde-Guérin, sénéchal d'Alteyrac, de Veilles-Passis et de Baume, copropriétaire de Villefort et marquis de Morangies, fut nommé premier chambellan de Monsieur, frère du roi Louis XIII, le 8 janvier 1631. Il devint également précepteur des enfants de France à partir du 23 juillet 1634. Il épousa par contrat Marie de Louet de Calvisson le 19 février 1608 et dicta son testament le 9 décembre 1636. Il y mentionne ses enfants : Charles, dont nous traiterons ensuite ; Marie, épouse de Nicolas de Chantel, seigneur de Contras ; Françoise et Jeanne, toutes deux religieuses ; et Gabrielle, unie à François d'Alboy en 1640.
Charles, baron de Morangies, reçut une commission du roi Louis XIV le 26 mai 1651 l'autorisant à lever une compagnie de cavalerie. Il reçut par la suite deux lettres — l'une de Sa Majesté le 28 octobre 1652, l'autre de Monsieur, l'oncle du roi, le lendemain — lui intimant l'ordre de rejoindre l'armée d'Italie avec sa compagnie. Un édit royal du 4 juillet 1665 le nomma bailli du Gévaudan et gouverneur de la ville de Marvejols. Il épousa par contrat Marguerite Félice de Montmorency le 21 juin 1639 et rédigea son testament le 2 août 1682. Il y cite ses enfants : Charles ; Scipion, mort à Dunkerque en tant que lieutenant-colonel du régiment d'Aunis ; Jacques-Louis, qui accompagna le prince de Conti et mourut sans descendance ; Annet, chevalier de Malte, commandeur de l'ordre de Saint-Félix et gouverneur d'Orange ; François, abbé de Morangies et prieur de Prévenchères ; Joseph ; et Hyacinthe, abbé de Pylaumes.
Charles, comte de Morangies, marquis de Saint-Alban, baron de La Garde-Guérin, seigneur de Pylaumes, servit d'abord en Hongrie sous les ordres du maréchal de Coligny avant de regagner la France en 1664. Il occupa la fonction de gouverneur de Marvejols de 1677 à 1681. Par contrat du 10 janvier 1668, il épousa Catherine de la Fare, fille de Charles de la Fare-Laugères, marquis de Montclar, lieutenant-général des armées du Roi et gouverneur de Roses. Dans son testament de 1714, il ne mentionne qu'un seul fils : Charles-Auguste, colonel d'un régiment à son nom, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, et brigadier des armées du Roi. Charles-Auguste tomba au champ d'honneur en 1705, lors du siège de Chivasso en Italie, à l'âge de 30 ans. De son mariage avec Françoise de Châteauneuf, célébré par contrat le 5 février 1703, naquirent deux enfants : Pierre-Charles, évoqué ci-après, et Marie-Charlotte, religieuse au couvent de Penthemont à Paris.
Pierre-Charles de Morange, marquis de Saint-Alban, baron de La Garde-Guérin et comte de Morangies, fut successivement capitaine, sous-lieutenant puis lieutenant-général des armées du Roi. Par contrat du 31 décembre 1726, il s'unit à Louise Claudine de Châteauneuf-de-Randon, fille de Jacques Timothée Guérin de Châteauneuf-de-Randon. De leur union naquit Jean-François-Charles, colonel de régiment, qui épousa Marie-Thérèse de Beauvilliers de Saint-Aignan. Ce dernier eut à son tour un fils, François-Paul, mort capitaine d'infanterie après avoir épousé Charlotte d'Aignon des Hubas. Ils furent les parents de François Hippolyte Charles, comte de Morangies, qui se maria en 1806 avec Adélaïde l'Anglade du Cheyla de Montgros.
Jean-Anne, vicomte de Morangies et de Saint-Alban, fut maréchal des camps et armées du Roi, colonel de régiment et commandant en chef des gardes nationales du Languedoc, ainsi que chevalier de l'ordre de Saint-Louis. Le 31 janvier 1781, il épousa Marguerite-Thérèse de la Vayssière de Cantoinet, qui lui donna un fils, Jean-Adam-Guillaume-Gustave, né en Languedoc le 10 avril 1791. Ce dernier épousa, le 18 juillet 1813, Albertine Marie Zoé, fille d'Antoine Bonne, marquis de Regnauld de Parcieu et conseiller de l'ambassade de France à Vienne. De ce mariage naquit Adam-François en novembre 1815. Jean-Adam, ainsi qu'Alexandre, grand vicaire d'Auxerre, et Michaëlle, décédée sans descendance, complètent cette éminente lignée noble.
Jean-Adam de Morangies, né vers 1733, épousa le 5 novembre 1763 Marguerite, fille de Benjamin Blondel, de Bordeaux. Il s'y établit, devenant ainsi la souche de la branche bordelaise de la famille. À cette lignée appartenait Benjamin Morangies, né à Bordeaux vers 1765 selon la tradition familiale, qui épousa la fille du maire de la ville. Il est très probable qu'il soit le fils de Jean-Adam de Morangies et de Marguerite Blondel. En 1811, un certain Benjamin de Morangies occupait le poste de ministre plénipotentiaire à la cour d'Espagne. Le 6 mars 1815, on retrouve un Benjamin Morangies arborant le titre de « général » et commandant du département du Var, réunissant à Fréjus la garnison de Draguignan et les gardes nationales. L'ordre de la Légion d'honneur ayant été institué par Napoléon en 1802, entre 1807 et 1812, 29 ministres plénipotentiaires en reçurent la croix de chevalier. Les armoiries de cette branche se blasonnent ainsi : « D'azur, au cor de chasse d'argent, lié de gueules, accompagné de trois molettes d'éperon d'or ; couronne de marquis ». Leurs supports sont deux lions couronnés d'or.
Il était une fois, au Moyen Âge, un petit hameau nommé simplement « La Garde ». Les voyageurs et les marchands y empruntaient le légendaire Chemin de Régordane (GR®700), artère vitale reliant le Massif central à la Méditerranée. Ce chemin, autrefois connu sous le nom de l'« Estrade », était le cœur battant du commerce et des échanges entre les terres intérieures et le littoral.
À la demande de l'évêque de Mende, La Garde fut transformée en un poste frontière hautement stratégique. Une garnison de chevaliers y fut postée afin de protéger les voyageurs et de sécuriser le transit des marchandises sur la Régordane. Au XIIIe siècle, le patronyme « Guérin » fut accolé au nom du village, qui devint alors définitivement « La Garde-Guérin ». Ces chevaliers formaient une puissante communauté économique et militaire : prêtant serment à l'évêque, ils se partageaient la collecte des péages, le guidage des marchands et la protection des convois. Chaque chevalier veillait jalousement sur sa « parérie », une portion précise du chemin qu'il se devait d'entretenir.
Au cœur du village s'élevait la majestueuse tour médiévale. Culminant à 21,50 mètres, elle dominait tout le paysage environnant. Son appareil à bossage, unique dans la région, témoignait de sa prestance et de sa importance militaire. À ses pieds, les vestiges du logis seigneurial rappelaient la puissance des consuls nobles de La Garde-Guérin. Les puissants clans des Gaucelme, des Hérail, des Bertrand et des Gaule s'y réunissaient pour légiférer, maintenir la paix et définir les statuts de leur confrérie. Ils furent les fiers gardiens de ce lieu chargé d'histoire, où l'écho des montures et les rumeurs marchandes semblent encore résonner sur les pavés.
Aujourd'hui, La Garde-Guérin continue de veiller paisiblement sur le canyon du Chassezac, telle une sentinelle figée dans le temps. Ses lourds remparts racontent les exploits des chevaliers d'antan, tandis que la tour garde jalousement les secrets de son donjon. En flânant dans ses ruelles étroites, peut-être entendrez-vous encore le doux murmure des voyageurs d'autrefois, charriant leurs espoirs et leurs marchandises le long de l'éternelle Voie Régordane.











