La Bastide-Puylaurent, à plus de mille mètres d'altitude est vraiment construite à part, à la bascule de plusieurs paysages, au croisement de plusieurs chemins d'eau et de pierre. L'air des Cévennes semble meilleur qu'ailleurs.

 

Mon séjour à La Bastide-Puylaurent en Lozère


Drapeau du OccitanieC'est toujours un peu dur de laisser femme et fille aimées encore assoupies sous la couette pour aller palper la nuit compacte et froide. Il est 7 heures et 5 minutes, juste le temps d'enfourcher le cheval à pédales c'est-à-dire mon fidèle vélo Tornado puis de me laisser glisser jusqu'à la gare de Nîmes pour le train de 7h29 qui traversera les Cévennes jusqu'à La Bastide-Puylaurent.

Gare de La Bastide-Puylaurent en LozèreMalditos, la SNCF s'est jouée de mes nerfs une fois de plus. Le train de Mende, via Chasseradès et Belvezet, est sur la voie C alors qu'il devrait être sur la voie B ou A, ah, ah, ah ! à la rigueur. Trop fastoche ! Le voici voie C et c'est béat que je m'installe dans le train, le même qui va habituellement sur Mende mais qui cette fois part en sens opposé, sur Montpellier dans l'Hérault. Le train cousin était voie C me tue-je à me dire et maudire sans dire mot pendant que je m'éloigne avec des élancements au cour et des èreintements subits. C'est sûr susurre la Seuneuceufeu, j'fais c'que j'peux, j'fais c'que j'peux et tchou-tchou, adieu et bonjour vos coups en vache et vos tours de cochon mes poulets !

Heureusement, le train de Mende s'arrête à la première gare du parcours, Saint-Cézaire. Le temps de trouver le bouton pressoir et la bobinette cherra. Je me retrouve à quai. J'endosse mon grand méchant look de desperado et je pédale, langue pendante au vent et crocs reluisants avec l'espoir d'attraper le train de 8h00 sur Nîmes qui va à Clermont-Ferrand via Génolhac, Villefort et La Bastide-Puylaurent. Une fois au sommet de la ligne, le train suivra l'Allier par Langogne et Monistrol d'Allier.

J'ai toujours grand appétit d'en découdre et aucune mère-grand, à vapeur, diesel ou électrique n'usurpera mon petit plaisir solitaire: croquer l'espace et le silence des Cévennes, oh nan alors ! ch'est bien vrai cha ! Mes Cévennes sauvages !

La Bastide Puylaurent entre Lozère, Ardèche et CévennesLe vieux train vert est fidèle au poste, voie B, lui, comme il se doit selon les directives, les annales et l'histoire. Son confort désuet me ravit. Il y a la place d'étendre les gambettes. Les fauteuils d'un jaune bizarre sont rembourrés et le compartiment est vide d'occupant. Le train a aussi la particularité de prendre la direction d'Avignon et de s'arrêter en pleine voie pour prendre un autre aiguillage, direction le nord des Cévennes et le Massif Central.

Ceux qui voulaient voyager dans le sens de la marche devront changer de place mais quel est le sens de la marche ? Surtout en train, Jacques, un écrivain en vélo-solex, à pied et en tchou-tchou préconise de s'asseoir dans le sens inverse de la marche du train. De cette façon, le paysage ne vient pas s'écraser sur la rétine du voyageur mais peut se déployer à sa guise.

La Bastide Puylaurent entre Lozère, Ardèche et CévennesLes Cévennes s'annoncent à partir d'Alès mais se déroulent à l'aise après La Grand-Combe-la-Pise. Il faudrait araser toutes les infrastructures minières d'une laideur inoxydable mais la nostalgie se glisse partout où le pays d'antan est le passé simple, même imparfait. Du passé simple imparfait, faisons terril ras et dressons la table et le couvert à la nature minérale, animale, végétale agrémenté d'un grand bol d'air.

La Bastide-Puylaurent, à plus de mille mètres d'altitude est vraiment construite à part, à la bascule de plusieurs paysages, au croisement de plusieurs chemins d'eau et de pierre. L'air des Cévennes semble meilleur qu'ailleurs. Les lichens chevelus pendouillant aux chênes le disent. Le printemps est une orgie de fleurs: les orchidées, les jacinthes. Le microclimat est le Maître ici avec le dieu Tanargue côté Ardèche.

D'après la cliente de chez l'épicier, le froid a pincé à moins vingt degrés en décembre. La glace est incrustée au sol et je dois revoir mes escapades à la baisse. Je devrai délaisser Laval-d'Aurelle et surtout Ourlette où je comptais garer mon vélo et attaquer à pied la sauvagerie du ruisseau d'Ourlette et le bois de Combe-Nègre. Comme dit l'épicier, à l'ombre, les routes doivent être blanches et moi sûrement vert de trouille dessus. Je n'ai jamais totalement maîtrisé le dérapage. En ski c'est chasse-neige, en vélo c'est les freins ou nada à bas du dada.

Bazar de La Bastide-Puylaurent en LozèreAvec la saucisse d'Ardèche, je prends des nonnettes, ces petites douceurs sucrées qui fondent dans le palais du sultan. Je reluque encore les bois flottés en vitrine chez l'épicier qui me les céderait pour mille francs franchaoui mais je ne cause plus qu'en euro; France, région Europe comme dit mon copain belge.

Je passe chez la boulangère pour la baguette et les deux chaussons fourrés aux morceaux de pommes, miam-miam ! Cela change du pain élastique et de la confiture industrielle en pot.
Un petit tour chez la libraire qui m'avait enchanté en juin avec sa sympathie, sa carte top 25 de Largentière (Ardèche) et sa petite boîte métallique de bonbons à la menthe et qui m'a facturé le tout une soixantaine de francs transformée en une soixantaine d'euros. A l'épluchage de mes comptes, je n'étais pas très heureux et pas encore trop euro. Je venais réclamer mon dû après six mois d'attente (mais La Bastide-Puylaurent est hors du temps et ses habitants aussi forcément).

Madame Chabalier a bien reçu ma requête. Après quelques vérifications comptables, elle devra m'envoyer un petit chèque d'une cinquantaine d'euros. Dans l'entrefaite, Fifi Papa est venu chercher son canard et, nanti d'un pain à la main, il m'a spontanément reconnu et témoigné une cordialité non feinte. Madame Chabalier devait être rassurée, j'espère, après une telle introduction.

La Bastide Puylaurent entre Lozère, Ardèche et CévennesUn coup de fil à l'aimée et après quelques tergiversations, par exemple à 11h30, un train pouvait me redescendre sur les Cévennes et le pied du Mont Lozère, moins verglacé, j'ai opté pour la visite au gîte de L'Etoile, le bien nommé. Philippe, le gérant géant de deux mètres et Billy, le chien labrador du Maître m'ont accueilli d'un frétillement de queue pour l'un, d'une oreille dressée pour l'autre, d'une amabilité identique sauf que Monsieur Billy offrait son ventre à la caresse, en supplément.

Philippe m'a refait visiter les lieux pour mon grand plaisir. La salle des machines du bateau vient d'être carrelée. Une salle de conférence a vu le jour et les chambres gagnent en espace et en confort.

L'ancien hôtel de villégiature est silencieux. Je sens bien que le foyer irradiant du lieu c'est Philippe et que son départ provoquerait un nouveau naufrage de cet hôtel.

La libraire de La Bastide-Puylaurent m'a bien dit que son négoce tournait mieux lorsque le gîte était ouvert. Il en est certainement de même pour les autres commerces, au moins le green-grocer et le baker (j'aurais besoin du traducteur électronique de Philippe. plutôt que de me narguer avec, il aurait dû me le filer, gosh !) Lui qui va aux USA tous les ans; un cowboy quoi !

L'Etoile Maison d'hôtes en LozèreOn cancane, internet, la maison d'hôtes, son départ pour l'Australie.

Je hennis de plaisir quand, dans la préface d'un livre, Gilles Lapouge dit que l'auteur d'un énième livre sur l'itinéraire de Stevenson à travers les Cévennes. Le thé est mis au chaud sur le radiateur. Billy expire et gémit de contentement. Pourtant je ne fais rien mais le labrador palpe les atmosphères, soupèse le ronron convivial des voix et dans la bulle de chaleur de la pièce, Billy s'étire.

Pendant la causerie, j'essaie d'effacer une tache d'encre bleue qui a giclé, je n'ai rien vu ni senti partir, sur la quatrième de couverture comme on cause dans le monde des livres. Plus j'essuie, plus l'encre s'étale, se révèle à elle-même. Les essuie-mains de la SNCF ne sont pas assez absorbants. J'humecte du bout de la langue. Philippe parle sans décoller les yeux de son personnal computer. OK old friend ! J'opine et j'estompe. Je fais dans l'art, la nuance, en tout cas le dégradé.

"La Lozère, ça m'aère ! Est-ce que c'est un bon slogan ça ? On peut en dire autant de la Bretagne non ! - Oui, c'est sûr dis-je ! - La Lozère, le pays de la Randonnée. Il fallait que la région mette la gomme là-dessus ! "
Chacun voit midi à sa porte mais Philippe a raison. Les slogans n'engagent que ceux qui y croient tout comme les promesses électorales. Montpellier la surdouée. Avec le vent qui souffle dans les Corbières, on pourrait aussi dire que les Corbières m'aèrent. Il y a le Finistère à mettre dans le même sac, etc.

 J'y vais. A tantôt ! (On dit ça en Normandie). A Bruxelles aussi me dit le belge ! par François Lebertois

 

 

L'Etoile Maison d'hôtes en Lozère

Ancien hôtel de villégiature avec un magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Maison d'hôtes se situe à La Bastide-Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France. Au croisement des GR7, GR70 Chemin Stevenson, GR72, GR700 Voie Régordane (St Gilles), Cévenol, GR470 Sentier des Gorges de l'Allier, Montagne Ardéchoise, Margeride, Gévaudan et des randonnées en étoile à la journée. Idéal pour un séjour de détente.

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